Dormir là-haut : ma première nuit en refuge, entre vertige et sororité
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Récits

Dormir là-haut : ma première nuit en refuge, entre vertige et sororité

L'équipe Alpinettes· 27 août 2026 6 min

Est-ce que tu t'es déjà sentie à la fois minuscule et infiniment puissante ? C’est exactement ce qui m’a traversée quand j’ai poussé la porte lourde du refuge de la Vogealle, dans le massif du Giffre, après six heures de montée. Mes jambes tremblaient un peu, mon sac à dos pesait une tonne, mais mon cœur, lui, battait au rythme des sommets environnants.

L'odeur du bois et de la soupe à l'oignon

Passer le seuil d'un refuge, c'est entrer dans une autre dimension. Ici, le temps ne se compte plus en notifications Instagram ou en réunions Zoom, mais en dénivelé et en heures de soleil restantes. L'odeur est la première chose qui te saisit : un mélange réconfortant de bois sec, de soupe qui mijote et de cette humidité saine des vêtements qui sèchent après l'effort. C'est brut, c'est vrai, c'est organique.

J'avais peur de ne pas me sentir à ma place, moi, la citadine qui cherche son souffle dès que la pente dépasse les 10 %. Mais le regard bienveillant de la gardienne et le brouhaha joyeux des randonneurs ont immédiatement balayé mes doutes. En montagne, le statut social reste dans la vallée. On est toutes des marcheuses, des chercheuses d'horizon, des femmes en quête de souffle.

La lumière dorée de fin de journée caressant les façades en bois du refuge
La lumière dorée de fin de journée caressant les façades en bois du refuge

Le dortoir, ce confessionnal improvisé

On m'avait prévenue : le dortoir, c'est l'aventure dans l'aventure. On oublie l'intimité de sa chambre douillette pour une promiscuité qui, contre toute attente, devient le terreau d'une sororité immédiate. J'ai partagé mon espace avec trois autres « Alpinettes » rencontrées via l'application quelques semaines plus tôt. On ne se connaissait pas, et pourtant, en déballant nos sacs à viande, on a commencé à déballer nos vies.

Il y a quelque chose dans l'air des cimes qui délie les langues. Entre deux chuchotements pour ne pas réveiller les voisins, on a parlé de nos ruptures, de nos envies de changer de job, de cette soif de liberté qui nous a poussées à grimper jusqu'ici. Le dortoir n'est plus une contrainte, il devient un cocon, un espace de vulnérabilité partagée où l'on se sent en sécurité, entourée de ses nouvelles sœurs de sentier.

Le kit de survie émotionnel en refuge :

  • Des boules Quies : Tes meilleures amies pour ignorer le concert de ronflements.
  • Une lampe frontale : Pour ne pas réveiller tout le monde lors d'une envie pressante à 3h du matin.
  • Un carnet de notes : Parce que les meilleures idées naissent souvent face aux glaciers.
  • Un baume à lèvres riche : Le vent d'altitude ne pardonne pas, même en été.

Le rituel du thé sous la Voie Lactée

Après le dîner — une polenta crémeuse qui m'a semblé être le meilleur repas de ma vie — nous sommes sorties sur la terrasse. Le choc. Loin de la pollution lumineuse de Genève ou d'Annecy, le ciel se révèle dans toute sa majesté. C'est une expérience presque sensuelle : le froid piquant sur les joues, la chaleur du mug entre les mains, et ce tapis de diamants qui semble nous frôler.

C'est là, dans ce silence interrompu seulement par le sifflement lointain d'une marmotte, que j'ai compris ce que signifiait « déconnecter ». On ne regarde plus son écran, on regarde l'immensité. On se sent vivante, vibrante, connectée à quelque chose de bien plus grand que nos petits tracas quotidiens. C'est une thérapie par le vide, un reset total pour l'esprit.

Une silhouette féminine contemplant l'immensité étoilée, une tasse fumante à la main
Une silhouette féminine contemplant l'immensité étoilée, une tasse fumante à la main

Ce que la montagne a murmuré à mon oreille

Le réveil à 5h30 a été piquant, mais la récompense était au rendez-vous. Voir le soleil embraser les sommets du Valais, passer du bleu profond à l'orange électrique, c'est un spectacle qui te change. En redescendant vers la vallée le lendemain, je n'étais plus tout à fait la même. J'avais prouvé à mon corps qu'il pouvait le faire, et à mon esprit qu'il pouvait se passer de tout le superflu.

Cette première nuit en refuge a été le déclic. Ce n'était pas seulement une randonnée, c'était une initiation. J'y ai trouvé de la force, mais surtout, j'y ai trouvé des amies. Des femmes qui, comme moi, ont besoin de temps en temps de quitter le bitume pour retrouver leur essence sauvage.

Le lever de soleil rose et or sur les crêtes escarpées, vu depuis la fenêtre du refuge
Le lever de soleil rose et or sur les crêtes escarpées, vu depuis la fenêtre du refuge

Si toi aussi tu ressens cet appel des cimes mais que tu n'oses pas te lancer seule, rejoins la communauté Alpinettes. Que tu sois dans les Vosges, le Mercantour ou le Valais, il y a forcément une copine de rando qui t'attend pour partager une soupe, un dortoir et quelques éclats de rire face aux sommets. La montagne est plus belle quand on la partage, et crois-moi, ta première nuit là-haut, tu ne l'oublieras jamais.

#rando#refuge#sororité#bien-être#aventure

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